ENTRETIEN AVEC URSULA ULESKI

URSULA ULESKI, UNE FEMME ARTISTE PEINTRE

Peinture abstraite, peinture contemporaine, tableaux modernes, tableaux abstraits, peinture moderne

URSULA ULESKI, UNE FEMME ARTISTE PEINTRE

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Entretien réalisé par JH Communication


J. H – Avant de commencer, je vais dire quelques mots qui résumeront ton parcours. Au terme de sept ans d’atelier sculpture, diplômée en architecture, en 1981, tu quittes la Pologne pour la France quelques jours avant « l’Etat de siège » et la fermeture des frontières. Après quelques années fastes, tu prends tes distances avec le métier d’architecte pour retrouver dans le dessin et la peinture aux ateliers des Beaux-arts de la ville de Paris, une liberté de création.

U. ULESKI – Oui. C’est juste.

J.H – Commençons par un sujet… disons…controversé : si j’oppose la peinture abstraite à la peinture figurative, tu réagis comment ?

U. ULESKI – C’est un débat stérile que cette opposition entre figuratif et abstrait. Nous les artistes dits « non-figuratifs », on se figure tous quelque chose en créant, même si… plus un peintre s’éloigne de la représentation de la nature, plus c’est difficile d’entrer en relation – en communion, on dira  avec le grand public.

J.H – Tu vois, dernièrement j’ai cherché à comprendre la raison pour laquelle ta peinture s’est imposée à moi très vite. Il y a quelque chose de décisif dans chacune de tes toiles ; quelque chose qui remporte l’adhésion du regard… au premier regard, justement. Quelque chose de définitif aussi. Je crois que ce quelque chose dans ta peinture qui s’impose tout de suite, c’est le sujet : la forme ou les formes qui composent le sujet d’un tableau. C’est une peinture incarnée et généreuse. Je pense à Oiseau de feu. Avec ta peinture, on est dans la création plastique « pure » ; un sujet clair, affirmé et qui agit immédiatement sur le spectateur et pas seulement à cause de tes couleurs. Je pense aussi aux Compositions bleuesFolie carminée ; l’assurance de ton geste, sa netteté dans une toile comme A fleuret moucheté. Dans tes toiles, ces sujets renvoient à ce don que tu possèdes depuis ton plus jeune âge : le dessin. Et le dessin c’est aussi l’architecture. Tu as su dessiner bien avant d’étudier l’architecture, non ?

U. ULESKI – Je suis architecte et le dessin a toujours fait partie de ma vie. Il doit bien y avoir un lien. Les gestes qui ont été les miens durant ces années, on doit très certainement les retrouver dans ma peinture : dans les lignes et les formes.

J. H – Au sujet de l’architecture, je sais qu’il y a deux hommes que tu souhaiterais saluer.

U. ULESKI – Oui. Gérard Thurnauer et Serge Ketoff. J’ai travaillé pour eux et avec eux. Hormis leur talent, ils étaient aussi et surtout, des hommes généreux, des hommes de parole : des hommes d’honneur, d’une grande élégance d’esprit.

J.H – Tu peux nous dire un mot sur l’Association Ligne et couleur dont tu es membre.

U. ULESKI – L’association est composée d’architectes peintres, graveurs, sculpteurs et des dessinateurs. Ligne et Couleur compte aujourd’hui plus de 80 membres, tous architectes. L’association expose depuis un demi- siècle dans des lieux prestigieux tant en France qu’à l’étranger.

J. H – Continuons avec le lien que l’on peut établir entre la peinture et l’architecture. Je pense à des tableaux comme Urgent désir,  Vertige

U. ULESKI – Tu sais, un artiste peut toujours parler de ce qu’il crée, à mon point de vue, le processus de création engendre sa propre dynamique aussi : est-ce que ce sont mes mains qui travaillent ou bien, cette vision originelle qui guide mes mains ? Tout en sachant qu’on ne peut espérer approcher cette vision qu’une fois qu’on s’est mis au travail ; et le travail, à lui tout seul, représente déjà tout un environnement de contraintes et de résistances ; environnement qui peut altérer ma vision première. Avec le temps, l’expérience aidant, sans doute parvient-on à réduire la distance qui sépare l’œuvre achevée – c’est-à-dire : soi et son travail – de la vision originelle… On ne peut pas être conscient de tout… ou bien, prétendre tout maîtriser, tout contrôler, tout expliquer a posteriori, même si on doit pouvoir tout justifier.

J. H – Pas d’acte gratuit. Peindre, c’est aussi une autre manière de réfléchir. C’est un miroir ?

U. ULESKI – Il s’agit de faire émerger un sens, de le laisser se développer et proliférer jusqu’à ce qu’il s’impose enfin en tant qu’émotions qui ont très certainement quelque chose à voir avec mon vécu.

J. H – Si maintenant je mentionne la « couleur », tu as envie de me répondre quoi à son sujet ?

U. ULESKI – La couleur pour moi, c’est l’expression de mon intériorité. L’extériorisation, la transposition picturale de mes émotions et de mes sensations. La couleur, c’est aussi l’énergie. Elle permet aux formes et à la lumière d’émerger…

J. H – Et le geste, le mouvement aussi ! Geste éclair parfois ! Je pense à  A fleuret moucheté. Tes lignes sont indissociables de la couleur. La puissance de tes tableaux est dans tes couleurs mais aussi, dans ces figures auxquelles elles donnent une forme. Je pense aux Improvisations :  la quatrième du nom qui impose un double regard ; celui de loin et celui de près. De loin, les formes, les figures ; de près, ce qui est réellement donné à voir ; et là, c’est un tout autre tableau qui émerge. 

U. ULESKI – Les couleurs chaudes m’habitent. Je sais quelle puissance évocatrice la couleur possède. J’ai des périodes dans lesquelles certaines couleurs dominent ; il y avait le bleu ; en ce moment, c’est l’orange. 

J. H – Et si on raisonne « format »…

U. ULESKI – Je suis plus à l’aise avec des grands formats ; mes gestes peuvent s’y déployer.

J. H – La composition ? L’organisation de la surface ?

U. ULESKI – Alors qu’on parlait de musique, toi et moi, il y a quelque temps, tu m’as dit : « Seul le silence permet à la musique de se faire entendre. »

J. H – Oui. Et ça donne des compositeurs comme Werbern ou bien Boulez.

U. ULESKI – En ce qui concerne la peinture, dans certaines de mes toiles, je pense que seule une surface laissée quasi vierge, permet à ce qui est donné à voir, d’être vu. C’est un des acquis de la peinture moderne le fait que le dessous – le fond – puisse occuper une surface plus importante que le dessus – la forme.

J. H -Tu penses à des toiles comme Sans titre, à  A fleuret moucheté ?

U. ULESKI – En autres. Dans la toile « A fleuret moucheté », le dessous est travaillé.

J. H – L’empâtement, tu peux nous en parler ?

U. ULESKI – L’épaisseur des couches superposées permet de créer du mouvement et de la tension. Ca donne aussi un effet de bas-relief. Cela permet à la troisième dimension d’être ressentie physiquement, je dirais. Mais il ne s’agit pas seulement de créer un effet. Cet empâtement correspond aussi à un besoin. J’ai besoin du contact avec la matière. J’ai besoin de la toucher, de la façonner. C’est physique. Le premier enseignement artistique que j’ai reçu en Pologne, c’était la sculpture.

J. H – On peut parler de sensualité au sujet de ce travail physique ?

U. ULESKI – Sans doute.

J. H – Et l’acrylique ? Puisque tu travailles principalement la peinture acrylique.

U. ULESKI – Elle convient à mon expression. L’acrylique permet plus de spontanéité. Et j’en ai besoin puisque je travaille sous l’emprise d’une pulsion, d’un besoin impératif de me mettre au travail. C’est bien connu de tous ceux qui utilisent cette matière : avec l’acrylique, les temps de séchage étant très courts, on peut intervenir tout de suite et continuer de construire, de composer sur la toile.

 J.H – Tu es une artiste, et tu es peintre. On oubliera les termes tels que « peinture abstraite » ou bien « peinture non-figurative » qui ne sont pas des termes satisfaisants te concernant… mais dis-nous : comment choisit-on en tant qu’artiste-peintre de ne pas représenter le réel : scènes familières, objets symboliques, figures humaines, paysages, portraits, natures mortes et ce qu’on peut aussi appeler « la peinture narrative » ? Comment fait-on ce choix ? Et puis, pourquoi ?

U. ULESKI – Il y a un parti-pris chez l’artiste, c’est sûr ! Et puis, un penchant naturel. En peinture, le plus souvent, mon regard s’est dirigé instinctivement vers des peintres que l’on dit « abstraits. Cela dit, si la décision de ne pas se situer dans une représentation concrète du réel est une décision consciente, les raisons qui me poussent à faire ce choix, ces raisons-là restent inconscientes. Et c’est mieux comme ça. Si je savais pourquoi je peins ce que je peins, je cesserais sans doute tout simplement de peindre.

J. H – C’est de ton imaginaire dont tu parles là ?  

U. ULESKI – Une sorte de pulsion… un imaginaire qu’il faudrait que j’interroge et je n’y tiens pas particulièrement. J’aime succomber à cet imaginaire qui est le mien… et ça donne les toiles que tu connais.

J. H – Tu inscris ton travail de peintre dans quelle école, dans quel mouvement ?

U. ULESKI – L’Art pour moi, c’est une libération ; alors, je n’ai pas envie de m’enfermer dans un mouvement ou dans une Ecole. Il n’est pas nécessaire d’affecter une étiquette à la peinture. En tout cas, ce n’est pas à moi de le faire. Il y a des historiens pour ça.

J. H – On peut parler d’expressionnisme et de lyrisme à ton sujet. Je pense aussi à une peinture de geste comme il y a eu au Moyen Age ce qu’on a appelé la chanson de geste. Une peinture avec une forte dimension épique donc. Je pense aux tableaux comme Folie carminéeL’envol d’Icare

U. ULESKI – Disons que je me réfère souvent à l’abstraction lyrique. Cela dit, je pense que tout doit avoir sa raison d’être dans une toile : pourquoi telle technique, telle couleur, telle composition, telle facture… là en particulier, là et pas ailleurs etc… et cette raison doit appartenir à l’artiste. Ce qui doit lui échapper… doit vraiment être ce qui… devait lui échapper. En dehors cette éventualité… je préfère penser à un artiste responsable de ses choix.

J.H – Dis-moi, comment tu vois ta peinture dans les années à venir ?

U. ULESKI – Je ne sais pas. Chaque toile est un nouveau défi. Je ne souhaite pas peindre le même tableau. Je ne tiens pas à développer un style qui ne serait qu’une sorte de… carte de visite ou bien, devenir un artiste avec une charte graphique. J’espère pouvoir me renouveler à chaque fois. Il y a le défi : se mesurer à soi-même ! Allez toujours plus loin et ailleurs aussi. Prendre des risques.

J. H – Tu penses à Humain, trop humain : révélation ?

U. ULESKI – Oui. Entre autres toiles…

J.H – A une époque où des artistes peuvent être tentés de s’en tenir au vide et à sa représentation, toi, en revanche, tu peins « le plein » et… à ras-bords parfois. Chez toi, l’être est rayonnant et comblé.

U. ULESKI – Pour moi l’art, c’est la célébration de la vie : énergie et mouvement. Les artistes sont par définition ouverts au monde, mais ils doivent aussi être capables de s’en protéger. Leur hyper-sensibilité les y oblige puisqu’elle peut… disons… les fragiliser. Pour ma part, je travaille sous l’emprise de l’émotion. Cela dit, que le désespoir soit dans la vie de l’artiste ou bien dans son époque, le désespoir ne doit jamais gagner. Les époques les plus terribles ont engendré les oeuvres les plus belles : belles dans le sens de… oeuvres qui célèbrent la vie. Quelle que soit l’époque dans laquelle on se trouve – aussi sinistre soit-elle – on doit pouvoir continuer de célébrer la vie, célébration du plaisir, de la joie. Jubilation ! L’art doit pouvoir nous arracher à notre existence pratique, nous permettre de nous en échapper, nous en libérer pour illuminer et révéler une autre existence, une autre réalité, une autre conscience, une autre perception de soi et de l’univers.

J. H – Parle-nous de tes influences – ou si tu préfères -, dis-nous quels sont les peintres contemporains dont tu aimes les oeuvres.

U. ULESKI – Zao Wou-Ki sans aucun doute. Pierre Soulages aussi et ses alternances entre surfaces planes et surfaces striées et le jeu avec la lumière. Et puis Picasso, notre Maître à tous.

J. H – Tu me parles souvent de Cocteau…

U. ULESKI – Oui. Il est à la fois antique, classique et révolutionnaire. J’aime le monde féerique qui l’entoure et qui l’inspire. C’est un esthète au jugement sûr.

J. H – Et puis, il y a Léonard de Vinci. Pour toi, il symbolise Le Créateur, le chercheur insatiable ?

U. ULESKI – C’est l’Artiste complet : novateur, précurseur, chercheur. Durant mes études en architecture, il aura été une référence, la référence indépassable. Son oeuvre, son travail, son courage, son obstination me fascinent.

J. H – Parle-nous un peu de ceux qui s’intéressent à tes toiles ?

U. ULESKI – Ce sont des gens de tous horizons, des passionnés de peinture contemporaine, des collectionneurs et puis, ceux qui aiment la peinture, tout simplement. Cela dit, une toile que je cède, c’est une toile dont je me sépare et je m’en sépare toujours un peu à regret. Alors, j’aime faire la connaissance de la personne qui fera l’acquisition d’un de mes tableaux. Je n’aimerais pas penser que j’abandonne mes enfants que sont mes toiles, à un orphelinat.

J. H – Je vois. Si on oublie « la commande« , aujourd’hui, un artiste peint sans savoir ce qu’il adviendra de son tableau.

U. ULESKI – Et pourtant, il y aurait tant à faire. Je pense à la peinture murale, les fresques, tous ces bâtiments publiques et privés : les façades et les intérieurs aussi. On devrait sortir la peinture des ateliers, des musées et des galeries d’art. Que tout le monde se l’approprie, cette peinture dite « moderne, abstraite et contemporaine« . Qu’on puisse la trouver dans tous les lieux de vie : lieux publics, lieux privés, chez-soi, et puis aussi : dans les lieux de travail aussi.

J.H – Merci à toi Ursula.

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